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Extrait

Nouvelles architectures de métal et de verre

Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873
Florent Quenu arrive à Paris, dans le quartier des Halles. Il vient de passer des années au bagne, après son arrestation lors du coup d'État de Napoléon III, le 2 décembre 1851. Il découvre la nouvelle architecture des pavillons des Halles construits par Baltard.

Mais ce qui le surprenait, c'était, aux deux bords de la rue, de gigantesques pavillons, dont les toits superposés lui semblaient grandir, s'étendre, se perdre, au fond d'un poudroiement de lueurs. Il rêvait, l'esprit affaibli, à une suite de palais, énormes et réguliers, d'une légèreté de cristal, allumant sur leurs façades les mille raies de flamme de persiennes continues et sans fin. Entre les arêtes fines des piliers, ces minces barres jaunes mettaient des échelles de lumière, qui gravissaient l'entassement des toits supérieurs, posant dans leur carrure les grandes carcasses à jour de salles immenses, où traînaient, sous le jaunissement du gaz, un pêle-mêle de formes grises, effacées et dormantes. Il tourna la tête, fâché d'ignorer où il était, inquiété par cette vision colossale et fragile ; et, comme il levait les yeux, il aperçut le cadran lumineux de Saint-Eustache, avec la masse de l'église. Cela l'étonna profondément. Il était à la pointe Saint-Eustache.

Émile Zola, Le Ventre de Paris : Paris, Charpentier, 1873